Interview de Moulay Mouad par le journal HESPRESS

Quel est le rôle fondamental de la tariqa Qâdiriya Boutchichiya ?
Au nom de Dieu, le Tout Miséricordieux, le Très Compatissant. Que la paix et les bénédictions soient sur le plus noble des messagers, notre maître Muhammad paix et bénédictions sur lui, ainsi que sur sa noble famille et ses compagnons.
Le rôle fondamental de la tariqa, pour quiconque y entre comme murîd (disciple engagé), est de cheminer vers la purification de l’âme (tazkiyat an-nafs) et la guérison du cœur. C’est précisément la mission essentielle de la suhba, la compagnie spirituelle d’un maître accompli en Dieu (ʿārif bi-Llāh), qui guide ses disciples sur cette voie de transformation intérieure.
Pour atteindre cet objectif, il existe une organisation et des institutions qui œuvrent en ce sens. Cette structure comprend la machyakha (conseil de guidance), chargée de superviser, coordonner et administrer toutes les activités spirituelles, au Maroc comme à l’étranger.
Dans chaque ville où la tariqa est implantée, on trouve une zawiya — lieu de rassemblement spirituel — dotée d’un moqaddam (préposé) et d’un majlis (conseil) chargé d’assurer la gestion quotidienne. Leur mission principale consiste à organiser les séances de dhikr (invocations) que notre maître, qu’Allah le préserve, transmet aux fuqara (disciples) dans les différentes zawaya (pluriel de zawiya). »
Ce programme comprend le dhikr de la wadifa, la récitation des soulak du Coran, la lecture du livre al-Chifâ (du Qâdî iyâd), la lecture du Sahih al-Bukhari, la récitation du dhikr al-Latîf, et bien d’autres pratiques spirituelles. Il repose à la fois sur un programme collectif hebdomadaire et sur un wird (litanie) individuel, que chaque disciple pratique matin et soir. Ainsi, chacun est appelé à conjuguer l’effort personnel et l’engagement collectif dans les zawaya.
La machyakha (conseil de guidance) encadre donc tous ces aspects et coordonne également les grands événements spirituels de l’année : la célébration du Mawlid (naissance du Prophète ﷺ, les retraites spirituelles d’août et de Ramadan, la Nuit du Destin (Laylat al-Qadr), et bien d’autres rendez-vous qui rythment la vie de la voie.
Même en temps de crise — comme lors de la pandémie de COVID-19 ou du séisme d’Al-Haouz —, la tariqa continue de jouer son rôle. Qu’il s’agisse d’une épreuve personnelle, collective ou nationale, la solution reste la même : le retour sincère à Allah.
Ce retour s’exprime par la récitation du Coran, la prière, le dhikr, la supplication et l’aumône. Dans ces moments, notre maître prodigue des orientations concrètes : invocations spécifiques, dons, conseils spirituels, et mobilisation pour participer aux initiatives nationales, comme le Fonds 126 lancé par Sa Majesté le Roi Mohammed VI — qu’Allah le soutienne. La tariqa, alhamdulillah, a toujours su répondre présente, et l’essentiel demeure inchangé : se tourner vers Allah, L’invoquer avec sincérité, prier sur le Prophète ﷺ, réciter le dhikr al-Latîf ainsi que les différentes invocations.
Quelle est la différence entre le muhibb et le murîd dans la tariqa Qâdiriya Boutchichiya ?

Une distinction est parfois faite entre le muhibb (le sympathisant qui aime la voie) et le murîd (celui qui s’engage dans la voie). Mais dans la perspective du soufisme — et devant Dieu —, nous cherchons ce qui unit, non ce qui divise. Nous dirons donc que ce qui les rassemble, c’est l’amour : l’amour en Dieu, l’amour pour Dieu, et l’amour des gens de Dieu (Ahlullâh). Voilà ce qui les rassemble véritablement.
Le muhibb est quelqu’un qui aime : il aime la voie, aime son Seigneur et aime le soufisme, mais sans pratiquer quotidiennement le wird, ni participer régulièrement aux adhkâr. Il vit un amour sincère, mais sans engagement rituel formel.
Le murîd, en revanche, est engagé : il suit un wird quotidien, participe aux invocations collectives, et assiste aux séances dans la zawiya. L’amour est partagé, mais chacun le traduit selon sa disposition et son engagement.
Quel est le rôle du groupe officiel de chants soufis la tariqa Qâdiriya Boutchichiya ?
Le groupe officiel de Sama’ et de louanges au Prophète ﷺ de la tariqa Qâdiriya Boutchichiya s’est développé par une grâce divine. L’acceptation de ce travail par les cœurs est un don d’Allah. Si les frères (Musammi’in) ont fourni des efforts, c’est avant tout l’éducation de nos maîtres qui a fait de ce groupe une référence en matière d’audition spirituelle.
En effet, le musammi‘ est avant tout un dhâkir (invocateur), porteur d’un rôle fondamental : transmettre la parole des héritiers de la sagesse prophétique — les maîtres spirituels — de son propre cœur à celui de l’auditeur. Cela exige que le réceptacle soit pur et limpide, afin que le message parvienne dans toute sa clarté et que l’auditeur goûte à l’émotion profonde que les awliya (amis de Dieu) ont vécue à travers les significations contenues dans la qassida (poème mystique) interprété.
C’est pourquoi les musammi‘īn sont avant tout des invocateurs sincèrement engagés, assidus dans leurs invocations quotidiennes, tant individuelles que collectives. Ils nourrissent une profonde vénération pour les maîtres spirituels ainsi que pour leurs enseignements qu’ils s’emploient à transmettre. L’inshâd (chant spirituel) n’a donc aucun but matériel : il vise à transmettre le wijdân, cette ferveur intérieure qui touche le cœur du croyant.
Comment la tariqa Qâdiriya Boutchichiya a-t-elle réussi à diffuser le sama’ à travers le monde ?
Grâce à Dieu et aux efforts déployés, notre répertoire s’est répandu dans tout le monde islamique : en Syrie, en Égypte, au Yémen, aux Émirats… partout, des groupes œuvrent avec sincérité.
Au Maroc, chaque zawiya organise des sessions de formation. Pour structurer cette dynamique, L’Académie de sidi Hamza du sama’ a été fondée, avec pour ambition de créer des antennes dans tout le Royaume.
Pourquoi célèbre-t-on la naissance du Prophète (le Mawlid) ?

La fête du Mawlid est, pour nous, une semaine de joie profonde. Mais au-delà de son aspect festif, elle représente l’aboutissement d’un cheminement intérieur mené tout au long de l’année par les disciples — fuqara et faqirates — de la tariqa. Ils s’y rassemblent pour célébrer leur amour du dhikr et des prières sur le Prophète ﷺ. Cette semaine devient ainsi une célébration vivante de leur lien avec le Messager de Dieu ﷺ et une expression de joie pour sa naissance bénie. À cette occasion, nous adressons nos vœux les plus sincères à tous les Marocains, ainsi qu’à l’ensemble de la communauté musulmane.
Lien vers l’interview (AR)

