Anthropologue et écrivain, docteur en sciences des religions, fondateur du Festival de Fès des musiques sacrées du monde et du Festival de Fès de la culture soufie, Faouzi Skali est l’une des voix qui ont le plus fait connaître le soufisme en Occident. Disciple de la Voie, il porte une conviction constante : le soufisme n’est pas seulement une spiritualité vécue au sein des confréries, il est aussi un immense patrimoine culturel et une ressource pour le monde d’aujourd’hui. Dans un entretien accordé à Saphirnews, il en déploie plusieurs facettes, autour d’une notion centrale : la futuwwa, la chevalerie spirituelle.
Le soufisme, « matrice culturelle et civilisationnelle de l’islam »
Pour Faouzi Skali, les confréries soufies ont produit, à travers l’ensemble du monde musulman, « un patrimoine culturel extrêmement riche et diversifié » : la poésie, les arts, la musique traditionnelle orale et écrite. « On est face à un véritable continent », dit-il, et ce continent constitue « en réalité la matrice culturelle et civilisationnelle de l’islam ». C’est ce regard qui a inspiré les festivals de Fès comme le Festival soufi de Paris : appréhender le soufisme non comme une curiosité, mais comme un patrimoine spirituel de l’humanité tout entière. « Ibn Arabi ou Rûmî, pour ne citer qu’eux, appartiennent à la pensée universelle. »
La futuwwa : une éthique née dans les métiers
Traducteur du traité sur la futuwwa de Sulami, auteur du XIe siècle, Faouzi Skali rappelle que cette chevalerie spirituelle « s’est exprimée tout au long de l’Histoire ». Il la définit comme « un ensemble de principes spirituels mis en œuvre dans l’action et la relation au quotidien, plus particulièrement dans les milieux de corporation de métiers dont elle a constitué la charte éthique et spirituelle ». Loin d’appartenir au seul passé, ces principes peuvent, selon lui, redevenir vivants : « je veux faire le lien entre le passé et le présent : les principes du soufisme peuvent apporter un souffle et une âme, notamment à l’entreprise moderne qui en manque ».

Une spiritualité qui s’incarne dans le travail et la relation à l’autre
La futuwwa, poursuit-il, « c’est la spiritualité telle qu’elle s’exprime en relation avec Dieu et dans la relation aux autres ». Cette relation « doit s’exprimer au cœur de nos familles, et au sein du milieu professionnel ». Là où les chartes d’éthique occidentales « restent abstraites » et où les relations de travail demeurent « fondées sur l’affirmation de son ego », la chevalerie spirituelle propose l’inverse : « le fait de se fonder sur le non-ego et sur la place qu’on laisse aux autres crée une atmosphère totalement différente dans le quotidien ». Travailler devient alors, dans ses mots, « une forme de prière, une occasion de se transformer ».
Cette chevalerie, précise-t-il, « concerne toutes personnes, hommes ou femmes, engagées sur une voie spirituelle », qui expriment « les valeurs de générosité, d’humilité, de considération et de respect aux autres ». Et c’est un mouvement à double sens : la pratique extérieure a « des répercussions sur la vie intérieure ».
« Paradigme de civilisation, le soufisme est fils de son temps. Il doit s’adapter, se réinventer en permanence. C’est un espace sans limites, un océan sans rivages. »
Faouzi Skali
Cette tribune reprend les propos de Faouzi Skali tenus dans un entretien à Saphirnews, « Paradigme de civilisation, le soufisme se réinvente en permanence ».







