Le dhikr à voix haute : une pratique du temps prophétique

Cet article est la traduction française de « الجهر بالذكر », publié par le Dr Smaail Radi sur le portail de la Rabita Mohammadia des Oulémas le 2 janvier 2012. Traduction et notes complémentaires : la rédaction. Nous remercions l’auteur et le portail de la Rabita pour cette matière.

L’invocation à voix haute, le jahr bi-dh-dhikr, est une pratique établie qui avait cours au temps de la Prophétie. En témoigne ce que Bukhârî rapporte d’après ‘Abdallâh ibn ‘Abbâs, que Dieu soit satisfait d’eux deux, qui disait : « L’élévation de la voix dans l’invocation, au moment où les gens se retirent de la prière obligatoire, avait cours à l’époque du Prophète, paix et salut sur lui. » Et il ajoutait : « Je savais qu’ils s’étaient retirés lorsque je l’entendais. »1

On trouve de même, dans les deux Sahîh, plus de vingt hadiths établissant que le Messager, paix et salut sur lui, et ses compagnons invoquaient à voix haute. Le cadre ne permet pas de les rapporter tous. Il suffit d’observer que ceux qui hier condamnaient, et déclaraient interdit ce que Dieu a rendu licite, s’en sont détournés : nous voyons désormais sur leurs propres chaînes satellitaires l’invocation à voix haute, dans des assemblées et des veillées de louange et d’audition spirituelle.

L’imam as-Suyûtî s’est employé à répondre à ceux qui récusaient l’invocation à voix haute, en réunissant près de vingt-cinq hadiths,2 dont il ressort que l’élévation de la voix est recommandée dans certains états, et que la conciliation entre la voix haute et la voix basse varie selon les états et selon les personnes.

L’imam an-Nawawî, que Dieu soit satisfait de lui, l’a établi dans ses fatwas en ces termes :

L’invocation à voix haute, là où nul empêchement légal ne s’y oppose, est permise et recommandée. Elle est même préférable à l’invocation silencieuse dans l’école de l’imam ash-Shâfi’î. C’est aussi l’avis apparent de l’école de l’imam Ahmad, et l’une des deux transmissions rapportées de l’imam Mâlik, selon ce que rapporte le hâfiz Ibn Hajar dans Fath al-Bârî.3

Ainsi la Loi a-t-elle encouragé l’invocation sous ses deux formes, la secrète et la manifeste. Les savants des premières générations ont cependant établi la préférence de l’invocation à voix haute, dès lors qu’elle est exempte d’ostentation et de tout ce qui la corrompt.


Notes

  1. Ibn Hajar al-‘Asqalânî, Fath al-Bârî, Dâr al-Hadîth, Le Caire, 2004, 2/375. Le hadith est rapporté par Bukhârî, Sahîh, n° 841. Le sens de la parole d’Ibn ‘Abbâs est : « Je savais qu’ils s’étaient retirés en entendant l’invocation », comme l’explique l’auteur de Fath al-Bârî.
  2. As-Suyûtî, Al-Hâwî li-l-fatâwî, Dâr al-Kutub al-‘Ilmiyya, Liban, 2000, 2/298.
  3. Al-Âlûsî, Rûh al-Ma’ânî, Dâr al-Hadîth, Le Caire, 2005, 16/668.

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