Sidi Hajj El-Baghdadi… Une biographie de pureté, de compagnonnage et de service dans la Voie

L’histoire spirituelle de la Tariqa Qâdiriyya Boutchichiya est faite d’hommes qui ont tenu ensemble la pureté des débuts et la sincérité de l’engagement. Ils sont devenus des repères lumineux sur le sentier de l’Éducation (Tarbiya), du Cheminement (Soulouk) et du Service (Khidma).

De tels hommes ne naissent ni de l’improvisation ni d’un élan passager. Le long Compagnonnage (Suhba) les a polis, la Rectitude (Istiqama) les a affermis, et c’est la balance de la Loi (Shar’) et de la Bienséance (Adab) qui les a liés à la responsabilité.

Parmi eux se détache le nom de Sidi Hajj El-Baghdadi Mohammed, né le 10 avril 1950 à Taourirt. Il a grandi le cœur pur et la quête limpide, porté par sa nature innée (Fitra) vers la Lumière et vers ceux qui la détiennent, avant même d’avoir connu ses maîtres.

Dès sa jeunesse, les ornements de ce bas-monde ne l’ont pas détourné du Dessein suprême. Son cœur est demeuré attaché à ce qui rapproche de Dieu, jusqu’au jour où le destin le conduisit à la porte du Compagnonnage béni, la porte de Sidi Hamza, que Dieu sanctifie son Secret. Il la franchit, et sa vie en fut changée à jamais.

Les débuts du Cheminement et la station du Compagnonnage

À dix-neuf ans, Sidi Hajj El-Baghdadi entre dans la fonction publique comme technicien principal au Ministère de l’Agriculture. Le travail ne le sépara pourtant jamais des effluves de la Guidance, et ne le détourna pas de la préparation intérieure au parcours de la Proximité (Qurb).

En 1973, il accomplit le pèlerinage, encore célibataire, le cœur tendre et tourné vers cette Proximité. Tout se passa comme si ce voyage préparait une grande ouverture spirituelle (Fath).

Cette même année, il entra dans la Tariqa Qâdiriyya Boutchichiya. Il ne lui fut pas donné de rencontrer Sidi Hajj Abbas, qui avait rejoint le Compagnon Suprême un an plus tôt, mais la Providence divine le conduisit vers l’Afflux spirituel (Madad) renouvelé.

Sa première poignée de main avec Sidi Hamza eut lieu au retour d’un voyage du Cheikh à Fès, dans la région d’Aichoun, près d’Ahfir.

De cet instant naquit un pacte spirituel qui dura quarante-quatre ans, de 1973 au passage du Cheikh auprès de son Seigneur en 2017. Un pacte d’amour, de véracité et de fidélité.

Durant ces décennies, Sidi Hajj El-Baghdadi fut l’ombre inséparable de son Cheikh. Il l’accompagna dans ses voyages au Maroc et à l’étranger, jusqu’à Paris où le Cheikh se rendit pour une intervention chirurgicale : il l’y rejoignit le jour même, par fidélité à l’appel du Compagnonnage mohammadien.

Il accompagna également Sidi Jamal lors de son voyage en France en 1991, et demeura à ses côtés de longues années, épaule contre épaule, dans une bienséance mutuelle.

En 1999, Sidi Hamza lui confia explicitement la charge de « Moqaddem des Moqaddems » : la supervision de la Zaouïa mère à Madagh, la gestion des résidents et de leurs dépenses, et l’instruction de leurs enfants.

Les disciples (Foqara) entendirent alors du Cheikh, dans son dialecte, une parole qu’ils n’ont pas oubliée :

« J’ai fait de Sidi Hajj El-Baghdadi notre père (b’bana), et j’ai l’esprit tranquille. »

Cette parole scella une confiance que l’on n’obtient que par une sincérité enracinée et une haute aspiration (Himma).

Ainsi se constitua chez lui la station du Compagnonnage : non pas un accompagnement de forme, mais le pacte d’une vie entière, fondé sur la véracité, la bienséance et la constance.

La pérennité du Service, la préparation de la Succession et la fermeté de la position

Plus de dix ans avant de rejoindre le Compagnon Suprême, Sidi Hamza, que Dieu sanctifie son Secret, avait donné à son petit-fils Sidi Moulay Mouad un mandat explicite. Il l’engagea dans un parcours graduel de service, de formation et de qualification, l’éleva jusqu’à porter le Dépôt (Amana), et le forma à conduire les affaires de la Voie, dans leur dimension extérieure comme intérieure.

Son expérience s’affermit au fil des années. Le Cheikh lui confia alors la coordination des grands dossiers de la Tariqa : les affaires du conseil des Moqaddems, les questions financières, l’organisation de la Zaouïa mère à Madagh, le Samâ’, la gestion des affaires familiales, et d’autres responsabilités encore, de celles qu’on ne remet qu’à une compétence éprouvée.

Sidi Mouad poursuivit ces missions tout au long de la vie de son père, Sidi Jamal, que Dieu sanctifie son Secret, en maintenant la même structure et en accord avec les orientations générales de la Tariqa. C’était une préparation continue à la succession et au port du Dépôt.

Il fut ainsi le coordinateur effectif des affaires de la Tariqa durant les dix dernières années de la vie de Sidi Hamza, puis durant toute la vie de Sidi Jamal, œuvrant par mandat direct et dans le cadre d’une préparation voulue et responsable.

Sidi Hajj El-Baghdadi travaillait au sein de cette organisation, sous la supervision de Sidi Mouad. Il y apporta sa longue expérience et son statut, au service de la Voie, dans une harmonie institutionnelle claire où chaque rôle complétait les autres.

Pendant la maladie de Sidi Jamal, que Dieu sanctifie son Secret, des divergences apparurent entre Sidi Mouad et son frère Sidi Mounir dans la conduite de certaines affaires. Soucieux de l’unité des rangs et désireux d’éviter toute division, Sidi Mouad se retira de ses responsabilités au sein de la Machyakha, le conseil de guidance de la Tariqa.

Dans cette phase délicate, Sidi Hajj El-Baghdadi joua un rôle de conciliateur. Il prit l’initiative, à plusieurs reprises, de provoquer des rencontres avec Sidi Mounir pour chercher un accord, apaiser les cœurs et rétablir la concorde. Ces efforts ne trouvèrent pas leur issue.

Deux semaines après le passage de Sidi Jamal auprès de son Seigneur, Sidi Mounir se retira en faveur de son frère Sidi Mouad, à la suite de l’Ordre Royal Sublime désignant celui-ci comme Cheikh de la Tariqa, en concordance avec les signes et les bonnes annonces (Bouchra) de Sidi Hamza au sujet de son petit-fils dévoué, que Dieu le préserve.

Sidi Hajj El-Baghdadi tint ce retrait pour sincère et cohérent avec cette désignation légale et officielle. Elle s’accordait avec ce qu’il savait du parcours de préparation de Sidi Mouad, qu’il connaissait depuis son enfance, et avec les signes clairs de Sidi Hamza dont il avait été le témoin.

Son ralliement fut donc naturel, en harmonie avec la ligne du Compagnonnage et conforme à la balance de la Loi, non le fruit d’une impulsion ni d’une position de circonstance.

Dès lors, on le vit paraître aux côtés de Sidi Mouad lors des veillées spirituelles, et l’accompagner régulièrement à la prière du vendredi à la Grande Mosquée de Madagh.

La nuit spirituelle de Tanger, le 6 décembre 2025, vint comme un sceau des lumières de la fidélité : le Cheikh de la Tariqa, Sidi Mouad, accompagné de Sidi Fouad, y rendit hommage à Sidi Hajj El-Baghdadi.

Les cœurs se recueillirent avant même que les regards ne se lèvent. Tous se tenaient devant un homme qui a servi la Voie dans le silence des Connaissants (Ârifîn), sans jamais chercher, à travers son œuvre, autre chose que le Visage de Dieu le Très-Haut.

La fermeté au temps des mutations

Sidi Hajj El-Baghdadi est ainsi resté inébranlable au temps des mutations. Les remous ne l’agitent pas, les tempêtes ne le troublent point : sa boussole est demeurée orientée là où se trouvent la Vérité (al-Haqq) et le Service.

En un temps où les repères se brouillent, sa constance a parlé pour lui. Non par les mots, mais par la fermeté du pas et la rectitude des choix.

Aujourd’hui, à soixante-quinze ans, ses lumières témoignent encore de la sincérité de ses débuts et de la droiture de son parcours.

Il demeure, que Dieu le préserve, le pas ferme et la résolution forte, portant le souci du Service comme il le portait dans sa jeunesse. Les années n’ont altéré ni la pureté de son intention ni la ferveur de son amour.

Nous demandons à Dieu, le Tout-Puissant, de lui accorder santé et bien-être, de fortifier son corps et son esprit pour qu’il continue de servir la Voie, de placer tous ses sacrifices au service des fouqara dans la balance de ses bonnes actions, de perpétuer sur lui la lumière du Compagnonnage et de la fidélité, et de le compter parmi Ses serviteurs rapprochés, ceux qui n’ont nulle crainte et qui ne seront point affligés.

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