Le soufisme marocco-africain : de l’extension des Voies à la construction de ponts entre les valeurs et la sécurité spirituelle

Ce texte est la traduction française intégrale d’un compte rendu publié en arabe par la Tariqa Qâdiriyya Boutchichiya sur sa plateforme « al-Boudchichi as-Sâlik ». Le titre est celui de l’original. Les notes entre crochets sont du traducteur.

Madagh, 21 août 2026.

Les Assemblées de Lumière ont accueilli, le vendredi 8 Rabî’ al-Awwal 1448 de l’Hégire, correspondant au 21 août 2026, les travaux de la deuxième séance, inscrite dans l’axe « Le soufisme marocain africain, les valeurs spirituelles et sociétales », sous la présidence du Docteur Mohammed Ghani, avec la participation d’une élite de savants et de chercheurs marocains et africains. Le contexte en éclaire les dimensions spirituelles et civilisationnelles des relations marocco-africaines, ainsi que le rôle assumé par les Voies soufies dans l’enracinement des valeurs de mesure, de coexistence et de communication entre les peuples.

Le Docteur Mohammed Ghani a ouvert les travaux de la séance en élevant les plus hautes expressions de félicitations au rang de Sa Majesté le Roi Mohammed VI, Amir al-Mu’minîn, que Dieu le préserve, à l’occasion de la coïncidence de la séance avec la glorieuse Fête de la Jeunesse, et cela au nom du cheikh de la Tariqa Qâdiriyya Boutchichiya, Sidi al-Hajj Mouad al-Qâdiri Boutchich, et au nom des Disciples (fuqarâ’) de la Voie.

Le président de séance a mis en lumière la sollicitude royale dont bénéficient les questions de la jeunesse marocaine et africaine, singulièrement en ce qui concerne l’immunisation des nouvelles générations contre les dangers de l’extrémisme et du repli, et leur qualification par les valeurs de la voie médiane, de la mesure et de l’ouverture, de manière à renforcer leur capacité à contribuer à l’édification de sociétés soudées et sûres.

La séance a vu l’arrivée du second contingent des délégations de savants africains venus à Madagh pour rencontrer le cheikh de la Tariqa, Sidi Mouad al-Qâdiri Boutchich. Ils venaient de Mauritanie, du Sénégal, de Gambie, de Côte d’Ivoire, du Nigeria, du Burkina Faso, du Niger, du Ghana, d’Égypte, du Cameroun et de Guinée Conakry.

L’accueil de ces savants a porté des significations spirituelles et humaines profondes : les sentiments d’accueil et de joie du cheikh de la Voie et de ses disciples se sont mêlés à la joie des hôtes de rencontrer leur cheikh, en une scène qui reflétait, selon ce que reflétaient les atmosphères de la rencontre, la profondeur des liens que les Voies soufies ont tissés au fil des décennies et des siècles entre le Maroc et les pays d’Afrique de l’Ouest, ainsi que d’autres régions du continent.

La présence du soufisme marocain dans l’expérience mouride

Dans la première des interventions de la séance, le Docteur Cheikh Chouaib Krity Toub, du Sénégal, a présenté une lecture de la présence du soufisme marocain dans l’expérience mouride, affirmant que la Voie mouride représente l’une des manifestations de cette extension, non seulement au niveau spirituel, mais aussi à travers des manifestations anthropologiques, linguistiques, et des usages partagés.

L’intervenant s’est arrêté sur les fondements de la méthode du Cheikh Ahmadou Bamba, en particulier ce qui touche à l’édification de l’être humain et à la réalisation de la paix intérieure, à l’équilibre entre l’œuvre et la remise confiante à Dieu, et entre les exigences de l’esprit et celles du corps, outre l’enracinement de la tolérance dans le cadre de la référence malikite et du credo ash’arite.

Il a appelé, dans ce contexte, à davantage d’ouverture et de communication sous la bannière de l’Imârat al-Mu’minîn, considérant que cette référence représente un élément essentiel dans la confrontation de l’extrémisme et le renforcement des valeurs de l’islam du juste milieu.

La Tijâniyya en Côte d’Ivoire, prolongement du soufisme sunnite marocain

Pour sa part, le Docteur Abdelaziz Sarba, de Côte d’Ivoire, a traité de la présence de la Voie tijâniyya dans son pays, la considérant comme un prolongement du soufisme sunnite marocain, et en mettant en évidence que l’interaction positive entre elle et la Voie qâdiriyya a contribué à élargir le cercle des relations spirituelles et culturelles entre le Maroc et la Côte d’Ivoire.

Il a affirmé que l’éducation de l’âme et la compagnie bienfaisante demeurent parmi les fondements les plus saillants du soufisme dans le contexte ivoirien, ce qui fait de l’éducation soufie, dans sa dimension pratique, un moyen d’édifier l’être humain et de renforcer la cohésion sociale.

Les Dalâ’il al-Khayrât et le goût spirituel commun

Quant au Professeur al-Khidr Abdelbaqi Mohammed, du Nigeria, il a consacré son intervention aux relations spirituelles entre le Maroc et l’Afrique à travers les Voies soufies et à travers le livre des Dalâ’il al-Khayrât, s’arrêtant sur l’empreinte que cet ouvrage marocain a laissée dans la vie spirituelle africaine.

Il a expliqué que la diffusion des Dalâ’il al-Khayrât, sa lecture et sa mémorisation dans différentes régions du continent n’a pas été le simple passage d’un livre d’une aire géographique à une autre, mais qu’elle a contribué à l’édification d’un goût spirituel commun, au renforcement de l’amour du Prophète, sur lui la paix et le salut, et au raffermissement des liens spirituels entre les peuples des deux rives du Sahara.

Les Shamâ’il muhammadiennes comme porte de la tazkiya

Le Professeur Abdelfattah Elakili, du Maroc, a clos les travaux de la séance par une intervention dans laquelle il a traité de la présence des Shamâ’il muhammadiennes [les qualités et vertus du Prophète] dans l’éducation soufie marocaine, en tant que porte d’entrée vers la purification de l’âme et l’édification de l’être humain.

Il a mis en évidence que l’évocation de la biographie et des vertus prophétiques ne s’arrête pas aux limites de l’éducation individuelle, mais que son effet peut s’étendre au domaine sociétal par l’enracinement des valeurs de compassion mutuelle, de tolérance et de qualité du comportement, ce qui fait de l’éducation spirituelle l’un des affluents de la stabilité sociétale et de la sécurité spirituelle dans l’espace africain.

Ce sur quoi les interventions se sont accordées

Les interventions de la séance se sont accordées sur le fait que l’extension marocaine en Afrique ne peut être réduite au passage des Voies et des zaouïas d’un pays à un autre, mais qu’elle concerne, en sa profondeur, le passage d’un système de valeurs spirituelles, éthiques et sociétales, constitué autour de la voie médiane et de la mesure, de l’amour du Messager, sur lui la paix et le salut, de la purification de l’âme, du service de la société, et de l’enracinement de la paix et de la coexistence.

Les travaux de la séance ont également mis en évidence que le soufisme marocain a contribué, à travers l’histoire, à bâtir des ponts qui dépassent le domaine religieux vers les espaces de la science, de la culture et de la communication humaine, ce qui confère à ces liens, aujourd’hui, une aptitude au renouvellement dans le cadre de ce que l’on peut décrire comme la diplomatie spirituelle, de manière à servir le rapprochement marocco-africain et à renforcer les valeurs de sécurité spirituelle, de mesure et d’ouverture.

Source

Texte original en arabe publié par la plateforme al-Boudchichi as-Sâlik, page arabe de la Tariqa Qâdiriyya Boutchichiya, sous le titre « التصوف المغربي الإفريقي.. من امتداد الطرق إلى بناء جسور القيم والأمن الروحي ». Traduction française de la rédaction.


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