Il y a, dans une rencontre soufie, la parole des maîtres et celle des chercheurs. Et puis il y a, plus rare, celle d’un État. Aux Assemblées de Lumière de Madagh, tenues du 19 au 25 août 2026 sous la supervision de Sidi Hajj Mouad al-Qâdiri Boutchich, le Dr Chouaib Sirine Kibi, conseiller du ministre de l’Intérieur sénégalais pour les affaires religieuses, est monté à la tribune. Ce qu’il y a dit dépasse la courtoisie d’un hôte.
Le conseiller a salué le rôle que joue le Royaume du Maroc dans la préservation de la référence religieuse et le renforcement de la sécurité spirituelle, en considérant que le modèle marocain de gestion des affaires religieuses représente l’un des affluents qui enracinent la voie médiane, la mesure et le rejet de l’excès.
Trois piliers, nommés un par un
La partie la plus dense de son propos tient en une phrase de doctrine. Le modèle religieux marocain, a-t-il dit, repose sur trois fondements complémentaires : le credo ash’arite, le fiqh malikite et le soufisme sunnite junaydi. Et il a ajouté ceci, qui est l’argument : la complémentarité entre ces trois composantes constitue l’une des assises de la sécurité spirituelle au Maroc et dans les pays d’Afrique de l’Ouest.
La formule mérite qu’on s’y arrête. Elle ne présente pas le soufisme comme un supplément d’âme toléré à côté du dogme et du droit, mais comme le troisième pied d’un trépied sans lequel les deux autres ne tiennent pas. Et elle situe la portée de ce trépied au-delà des frontières marocaines, dans un espace ouest-africain que le conseiller connaît comme praticien de l’administration du religieux.
L’Imârat al-Mu’minîn comme cadre d’une référence partagée
Le Dr Kibi a affirmé que les participants à la rencontre apprécient le rôle assumé par l’Imârat al-Mu’minîn au Maroc, sous la conduite du Roi Mohammed VI, dans la protection de la référence religieuse. Il l’a décrite comme un cadre de préservation de la référence religieuse commune, l’adjectif étant celui qui compte : ce qui est protégé au Maroc ne le serait pas pour le Maroc seul.
Les zaouïas, et l’effet mesuré au Sénégal
Le conseiller a mis en évidence que la sollicitude portée au champ religieux au Maroc s’étend au soutien des zaouïas et des institutions qui assument des rôles savants, éducatifs et spirituels. Il a évoqué ce qu’il a décrit comme l’effet positif de cette coopération sur les zaouïas et les Voies soufies au Sénégal, en précisant que son expérience dans le domaine des affaires religieuses lui permet de suivre des pans de la coopération religieuse entre le Maroc et son pays.
La communication spirituelle entre le Maroc et les pays d’Afrique, a-t-il estimé, contribue à soutenir la voie médiane, la mesure et la tolérance, à renforcer la référence religieuse commune et à faire face à l’excès et à l’extrémisme.
Deux instruments cités : la Fondation Mohammed VI des Oulémas Africains et la formation des imams
Le Dr Kibi a abordé la Fondation Mohammed VI des Oulémas Africains en tant que l’un des mécanismes de la coopération savante et religieuse entre le Maroc et les pays du continent, aux côtés des programmes de formation et d’encadrement des imams originaires de différents pays africains.
Il a également signalé le soutien apporté aux institutions soufies, en considérant que ces initiatives renforcent la coopération entre les savants, les institutions religieuses et les zaouïas, soutiennent la rationalisation du discours religieux et enracinent les valeurs de la mesure.
Un remerciement, et une main tendue
Le conseiller du ministre sénégalais de l’Intérieur a affirmé que le modèle marocain de sollicitude envers le champ religieux représente une expérience dotée d’une présence réelle sur le continent africain, en indiquant que le soutien aux zaouïas et aux Voies soufies contribue à renforcer la communication religieuse et spirituelle entre le Maroc et les pays d’Afrique.
En conclusion de son allocution, il a adressé ses remerciements à Sidi al-Hajj Mouad al-Qâdiri Boutchich, cheikh de la Tariqa Qâdiriyya Boutchichiya, et aux disciples de la Voie, en exprimant sa disposition à poursuivre la coopération avec les institutions savantes et les zaouïas, de manière à renforcer les valeurs de tolérance, du vivre ensemble et des constantes religieuses partagées.
Ce que cette prise de parole déplace
Les Assemblées de Lumière consacrent leur deuxième édition à l’extension du patrimoine soufi marocain en Afrique, à travers des axes qui traitent de ses parcours historiques, de ses manifestations spirituelles, savantes et civilisationnelles, de sa transmission des savoirs et de ses rôles contemporains dans le renforcement de la communication et de la coopération entre le Maroc et les pays du continent.
L’intervention du Dr Kibi ajoute à cet ensemble une pièce d’une autre nature. Elle vient d’un homme dont le métier est d’administrer le religieux dans un État, et elle est prononcée dans une zaouïa. Ce n’est plus une thèse d’historien sur ce que le soufisme marocain a transmis autrefois, c’est le constat d’un fonctionnaire sur ce qu’il produit aujourd’hui.
Source
🇪🇬 Bawwâbat al-Ahrâm (Égypte), article de Shaymaa Abdel Hadi.
Sur le contenu savant de l’édition, voir notre revue de presse consacrée à l’angle africain et le compte rendu de la Tariqa.







