Les savants du Sahara marocain et les Shamâ’il du Prophète : une transmission qui a traversé le désert

Aux Assemblées de Lumière de Madagh, tenues sous la supervision du cheikh Sidi Mouad al-Qâdiri Boudchich, la cinquième séance scientifique, consacrée aux « Voies soufies marocaines et réseaux de la communication spirituelle africaine », a accueilli une leçon savante du Dr Ibrahim Hadki, ancien président du Conseil scientifique de Guelmim et chercheur en études islamiques : « Le soin des savants du Sahara marocain pour les Shamâ’il muhammadiennes et les repères de l’extension africaine ».

Les Shamâ’il, une référence d’éducation et de conduite

Le chercheur a montré que les Shamâ’il, la description des qualités et des vertus du Prophète ﷺ, occupent une place éminente dans la conscience religieuse marocaine. Leur présence ne s’est pas limitée aux livres et aux assemblées de dévotion : elles ont constitué une référence dans l’éducation, la morale et la conduite, individuelle et collective.

Les savants du Sahara marocain les ont enseignées et étudiées à travers trois œuvres majeures : le « Shifâ » de Qâdî ‘Iyâd, les « Shamâ’il muhammadiennes » de l’imam at-Tirmidhî et les « Dalâ’il al-Khayrât » de l’imam al-Jazûlî. Ils y ont ajouté une forme propre aux gens du désert : la mise en vers des Shamâ’il et de la Sîra, qui en a facilité la mémorisation et la circulation dans un milieu marqué par le nomadisme, avant que ces poèmes ne voyagent, par les caravanes savantes, vers les pays de Shinqît, le Sénégal et le Mali.

Des familles savantes au service de cet héritage

Le Dr Hadki a présenté des exemples de familles savantes sahariennes qui ont servi cet héritage : la famille du cheikh Muhammad Mustafâ Mâ’ al-‘Aynayn, la famille Majlisiyya, la famille d’Ahl Bârak Allâh, aux côtés d’autres maisons savantes de l’Oued Noun. Il a évoqué les savants qui ont porté les sciences des Shamâ’il et les connaissances soufies vers l’Afrique de l’Ouest, parmi lesquels Sidi al-Mukhtâr al-Kuntî, le cheikh ‘Umar al-Fûtî, le cheikh Ibrâhîm Niasse et l’imam ‘Uthmân Dan Fodio.

Il a insisté sur un point : cette extension savante et spirituelle à travers le Sahara ne fut jamais à sens unique. Elle a reposé sur l’interaction et l’échange, entre les cités du Maroc et les pays de Shinqît, Tombouctou et Walâta, par la circulation des livres, des ijâzas et des connaissances liées à la Sîra et aux Shamâ’il.

Le chercheur a conclu en appelant à faire revivre les assemblées des Shamâ’il et leur enseignement dans les institutions savantes, et à cataloguer et éditer leurs manuscrits : une œuvre de documentation du patrimoine commun, au service de la communication savante et spirituelle entre le Maroc et les pays d’Afrique.

Source

🇪🇬 Al-Ahram Gate (Égypte), 25 août 2026, complété par le compte rendu de la cinquième séance publié par an-Nahar (Égypte). Textes consultés intégralement.


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