Par le Dr Tarik Abou Nour.
Le bien-aimé Messager (paix et salut sur lui) a été investi d’une mission plus profonde que celle d’un simple « facteur ». Le Coran nous rappelle qu’il a été envoyé pour nous enseigner « le Livre, la Sagesse, et nous purifier ». Cette purification (tazkiya) est le cœur même de la spiritualité authentique, à travers la compagnie du modèle VIVANT. Ses héritiers spirituels ont continué à perpétuer cette dernière pour aider les cheminants sincères à détacher leur cœur de tout ce qui n’est pas Dieu. La notion de idhn (autorisation spirituelle) constitue, dans cette science gustative, un élément essentiel qui fait la différence entre le modèle VIVANT, héritier du secret prophétique, et d’autres auto-proclamés.
À l’origine
Le Prophète (paix et salut sur lui) a éduqué par le idhn qu’il a reçu de Dieu pour guider vers Lui. Le Coran indique à ce propos : « Nous t’avons envoyé comme témoin, annonciateur de la bonne nouvelle, avertisseur, appelant à Dieu par Sa permission, et flambeau lumineux… ». Néanmoins, ce idhn concernait exclusivement ce qui lui venait de Dieu comme injonctions. Le voici par exemple donnant le idhn à tel ou tel compagnon pour accomplir une mission, et ce dernier se trouvait aussitôt nourri d’une force spirituelle extraordinaire.
D’autre part, lorsqu’il s’agissait d’affaires de ce bas monde, il conseillait de suivre plutôt les consignes des spécialistes en la matière. Par exemple, dans le monde agricole, lorsque sa greffe de palmier n’a pas réussi, il leur dit : « vous êtes les meilleurs connaisseurs de vos affaires »[1], indiquant ici que c’est son ijtihad personnel, qui n’est pas dans ce cas une révélation. Il en est de même lors d’une bataille contre les oppresseurs : lorsqu’il s’installa dans un poste de guet, un compagnon l’interpella : « est-ce une position que Allah t’a indiquée (révélée), ou est-ce la stratégie et la ruse de guerre ? ». Lorsque le Prophète (paix et salut sur lui) répondit que c’est de la stratégie, ce compagnon lui indiqua qu’elle était exposée et risquée, et lui proposa une meilleure. Cela n’est ni un manque de adab ni un péché, mais une lucidité nécessaire dans l’appréciation de ce qui relève réellement du idhn spirituel et de ce qui relève des spécialistes, et donc soumis à débat, consultation et concertation avec les connaisseurs du domaine en question.
Dans la spiritualité au jour le jour
Ainsi, le disciple qui suit sincèrement son maître spirituel autorisé doit intégrer cette lucidité. Il ne doit pas confondre le idhn pour son cheminement spirituel, qui lui permet la guérison de son cœur, l’éducation de son âme et l’établissement de son wird d’une part, et les lois logiques du monde profane, qui suivent le contexte dans lequel il évolue. Nous ne pouvons, au nom du idhn, appeler les gens à enfreindre la morale islamique, par exemple, ou commettre des interdits, ou se mettre en situation difficile…
Le maître authentique suit la charia tout en étant dans la haqîqa, car la charia est la porte de la haqîqa. Le maître authentique, lorsque tu viens le consulter pour ton cœur, te donnera généreusement le meilleur remède qui convient à ta prédisposition (isti‘dâd). Et lorsque tu viens le consulter pour une chose de ce bas monde, il te recommande d’aller voir les personnes spécialistes du sujet et te préconise également l’istikhâra. Quand bien même te proposerait-il une solution pour ton affaire du bas monde, elle sera une opinion personnelle dans ce cas (comme le cas signalé du Prophète), qui peut se révéler non convenable. Ainsi, tu ne dois pas la sacraliser, au risque de perdre ta confiance en ton maître en cas de défaut de sa suggestion. Cette confiance est en effet précieuse dans ton cheminement.
Prions Allah pour qu’il oriente nos intentions vers Lui, et que notre compagnie au maître spirituel vivant soit pour Dieu, dans la mahabba.
Note
[1] Muslim rapporte, d’après Anas (qu’Allah l’agrée), que le Messager d’Allah (paix et salut sur lui) passa auprès de gens qui fécondaient les palmiers, et dit : « si vous ne le faisiez pas, ce serait meilleur ». Les dattes vinrent alors de mauvaise qualité (chîs). Il repassa auprès d’eux et dit : « qu’ont vos palmiers ? ». Ils dirent : « tu as dit ceci et cela… ». Il dit : « vous êtes les plus savants des affaires de votre bas monde ». Le hadîth est également rapporté par Ibn Khuzayma dans son Sahîh, Ibn Hibbân dans son Sahîh et d’autres, selon des versions différentes. An-Nawawî l’a rangé, dans son commentaire du Sahîh Muslim, sous le chapitre : « l’obligation de se conformer à ce qu’il a dit relevant de la religion, et non à ce qu’il a mentionné, paix et salut sur lui, des affaires de la vie de ce bas monde par voie d’opinion ».
Par le Dr Tarik Abou Nour. Source : doctrine-malikite.fr.







