Le terrorisme spirituel (al-irhâb ar-rûhî)

Texte paru en arabe sous le titre « الإرهاب الروحي » dans la série Nafahât min al-mahjar (Souffles de l’exil), le 17 avril 2025. Traduction française de la rédaction.

Sans nous attarder à une définition terminologique qui détournerait du propos, rappelons que l’islam, cette religion de droiture et de plénitude, compte parmi ses visées suprêmes « la sécurité spirituelle » (al-amn ar-rûhî).

« Ceux qui ont cru et n’ont point troublé la pureté de leur foi par quelqu’inéquité (association), ceux-là ont la sécurité et ce sont eux les bien-guidés. »

Coran, 6:82

Du terrorisme intellectuel au terrorisme spirituel

Nous avons exposé en détail, dans des articles et des chroniques antérieurs, la gravité du terrorisme intellectuel : parti d’une déviance dans la croyance et d’une corruption des mœurs, il aboutit à la haine et à l’exclusion de l’autre, de celui qui diffère. Il se dissimule tantôt derrière le principe du commandement du bien et de l’interdiction du mal, tantôt derrière celui de l’alliance et du désaveu (al-walâ’ wa-l-barâ’).

Nous avons montré la différence entre ces notions prises dans leur fondement et l’usage qu’en fait l’entreprise intellectuelle terroriste pour attirer les adeptes et les asservir, effacer leur identité et leur capacité de discernement. Ce discernement, cette raison, est pourtant le siège de la responsabilité devant Dieu et le secret de la singularité de l’homme, établi lieutenant sur la terre.

Mais il est un terrorisme d’une espèce plus dangereuse et plus profonde encore, car il touche à l’essence de l’homme et à son esprit. Le Vrai, gloire à Lui, rapporte la parole de Pharaon :

« Si tu adoptes, dit [Pharaon], une autre divinité que moi, je te mettrai parmi les prisonniers. »

Coran, 26:29

Et dans un autre passage :

« Je vous couperai, sûrement, mains et jambes opposées, et vous crucifierai tous. »

Coran, 26:49

Le terrorisme pharaonique voulait des hommes leurs âmes : qu’ils l’adorent en dehors de Dieu. À qui s’opposait à lui et refusait de lui livrer son cœur et son esprit, il promettait le pire des châtiments et le plus abject des supplices. Quiconque veut contraindre les hommes à une allégeance « spirituelle », « du cœur », et à la soumission, par la force de la menace, exerce immanquablement un terrorisme spirituel.

La douceur des envoyés, la beauté du Bien-Aimé

Le Très-Haut dit par la bouche d’Abraham, Son ami intime :

« Quiconque me suit est des miens. Quant à celui qui me désobéit… c’est Toi, le Pardonneur, le Très Miséricordieux ! »

Coran, 14:36

Et par la bouche de Jésus, Son verbe :

« Si Tu les châties, ils sont Tes serviteurs. Et si Tu leur pardonnes, c’est Toi le Puissant, le Sage. »

Coran, 5:118

Et Il dit au sujet du noble messager, Miséricorde offerte en présent, seigneur des connaissants :

« C’est par quelque miséricorde de la part d’Allah que tu as été si doux envers eux ! Mais si tu étais rude, au cœur dur, ils se seraient enfuis de ton entourage. »

Coran, 3:159

Le Vrai commence par louer Son bien-aimé et par confirmer ses nobles traits, qui sont l’épiphanie de Sa miséricorde, avant d’établir une réalité de la nature humaine : les âmes ont été pétries d’amour pour qui leur fait du bien, et d’aversion pour qui leur fait du mal.

Voici donc le détenteur du Secret suprême et de la Réalité la plus haute, paix et salut sur lui et sur les siens : le Vrai écarte de lui la dureté et la rudesse, et atteste en lui la miséricorde et la douceur, qui sont les deux contraires du terrorisme spirituel. Bien plus : le Vrai éduque Son bien-aimé par la beauté, et nous enseigne par là que le suivre (ce qui est un devoir envers lui) ne s’obtient pas par la terreur, mais par l’amour, lequel naît de la beauté des qualités de l’aimé.

C’est ainsi que le Messager suprême ouvrit les cœurs par sa beauté, d’un regard qui enrichit, guérit et élève. Celui qui le vit en vérité s’écria : « Ce visage n’est pas celui d’un menteur ! » Et un autre dit :

Lorsque je contemplai ses lumières resplendissantes,
je posai, par crainte, ma main sur mes yeux,
redoutant pour ma vue la beauté de son visage :
je ne le contemple qu’à la mesure de ce que je suis…
Des lumières nées de sa lumière, en sa lumière noyées.

Le maître véritable ne terrorise pas : il élève

Il en va de même des héritiers de son Secret, de sa lumière et de sa guidance : leur allusion précède leur parole. Qui les fréquente les aime, puise à leur source, se guide et s’élève, avec douceur et sans violence. On interrogea le Messager de Dieu, paix et salut sur lui, sur les meilleurs compagnons à fréquenter. Il cita trois qualités : celui dont la vue vous rappelle Dieu, celui dont la parole accroît votre science, et celui dont l’œuvre vous rappelle la vie dernière.

Le regard est donc le seuil et la porte : « Les amis de Dieu sont ceux dont la vue fait se souvenir de Dieu. » C’est un regard du cœur, qui voit par sa sincérité la lumière du maître héritier muhammadien, celui dont l’état te soulève et dont la parole te mène à Dieu, comme on voit le soleil resplendir en plein jour, sans conteste ni doute possible.

L’auteur des Latâ’if al-minan a écrit :

« Ton maître n’est pas celui que tu as écouté : ton maître est celui de qui tu as reçu. Ton maître n’est pas celui dont la parole t’a fait face : ton maître est celui dont l’allusion a cheminé en toi. Ton maître n’est pas celui qui t’a appelé à la porte : ton maître est celui qui a levé le voile entre toi et lui. Ton maître n’est pas celui que son discours t’a présenté : ton maître est celui dont l’état t’a fait te lever. Ton maître est celui qui t’a fait sortir de la prison des passions et t’a fait entrer auprès du Maître. Ton maître est celui qui n’a cessé de polir le miroir de ton cœur, jusqu’à ce que s’y manifestent les lumières de ton Seigneur. Il t’a dressé vers Dieu, et tu t’es dressé vers Lui ; il a marché avec toi jusqu’à ce que tu parviennes à Lui, et il est resté à tes côtés jusqu’à te déposer entre Ses mains. »

Ibn ‘Atâ’illah al-Iskandarî, Latâ’if al-minan

Nul ne guide vers Dieu, au temps des épreuves, sinon celui que Dieu a honoré d’un soutien puisé à la beauté muhammadienne : il fait aimer Dieu aux créatures et fait aimer les créatures à Dieu, sans lassitude ni relâche ; il annonce la bonne nouvelle et ne fait pas fuir ; il sème l’espérance dans les cœurs après leur désespoir, sans vouloir de personne récompense ni gratitude.

Au temps pharaonique, le Vrai opposa la douceur et la beauté :

« Allez vers Pharaon : il s’est vraiment rebellé. Puis, parlez-lui gentiment. Peut-être se rappellera-t-il ou [Me] craindra-t-il ? »

Coran, 20:43-44

Il y a là un enseignement, et une réponse limpide à quiconque fait de la « force », de la « domination », de la « terreur » et de l’« intimidation » le fondement de son appel et d’une allégeance « spirituelle » à sa seule personne, en prétendant détenir l’unique chemin vers le Vrai, que nul autre au monde ne partagerait avec lui.

Nos maîtres nous ont enseigné que les lumières ne se disputent pas la place, que celui qui dit « moi » n’est sur rien, que le Vrai ne se reconnaît pas au nombre des adeptes et que celui que le Vrai a revêtu de l’habit de l’humilité et de la soumission s’est vu ouvrir le chemin de l’agrément.

Seigneur, affermis-nous dans le pacte et sur Ta voie droite et ne place pas notre épreuve dans notre religion, et accorde-nous la plus belle des fins.


Souffles de l’exil (Nafahât min al-mahjar), par le pauvre en Allah, Dr Tarik Abou Nour, qu’Allah use de douceur envers lui et envers ses parents. 17 avril 2025.

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