Qu’est-ce que le combat spirituel dans la voie soufie ? Dans une tribune publiée par Hespress, le Dr Mohamed Beniaishe, de la Faculté des fondements de la religion à l’Université al-Qarawiyyin, éclaire la distinction entre le jihad et la mujahada au sein de la Tariqa Qadiriya Boutchichiya. Nous en proposons ci-dessous une synthèse, dans le cadre de notre revue de presse. La source est accessible en fin d’article.
Deux mots, deux combats
La langue arabe distingue deux notions souvent confondues. Le jihad désigne l’effort extérieur, qui prit historiquement la forme, pour certains maîtres de la lignée, de la résistance à l’occupation coloniale. La mujahada, elle, désigne le combat intérieur : la lutte de l’homme contre son propre ego, son nafs.
C’est sur cette seconde voie que la Tariqa Qadiriya Boutchichiya met l’accent. Pour elle, le plus grand des combats n’est pas celui que l’on livre au-dehors, mais celui que chacun mène contre ses propres penchants, pour purifier son cœur et l’orienter vers Dieu.
Le combat contre l’ego
La mujahada est un travail de toute une vie. Elle consiste à débusquer en soi l’orgueil, l’avidité, la colère, la dispersion, et à leur opposer patiemment la discipline spirituelle. Ce n’est pas une guerre contre autrui, mais une éducation de soi, un redressement intérieur que la voie accompagne et encadre.
Dans cette ascèse, le dhikr, l’évocation de Dieu, tient la place centrale, et tout particulièrement la prière sur le Prophète. C’est par cette évocation constante que le cœur s’apaise, que l’âme se purifie et que le disciple progresse vers la sérénité.
Une voie complète
La Tariqa articule trois piliers indissociables : le fiqh, la science du droit, l’aqida, la croyance juste, et le suluk, le cheminement du comportement. La mujahada appartient à ce troisième volet : elle est la mise en pratique, jour après jour, de ce que la foi et le savoir enseignent.
Ainsi comprise, la voie soufie n’a rien d’un repli : elle est une pédagogie exigeante qui forme des hommes apaisés, maîtres d’eux-mêmes, capables de porter au monde la douceur qu’ils ont d’abord conquise sur eux-mêmes. Le vrai combat, rappelle la voie, commence et s’achève dans le cœur.
Source : Hespress (arabe), tribune du Dr Mohamed Beniaishe, 18 septembre 2008. Traduction et synthèse : boutchichiya.fr.













